
En 1971, Tomi Ungerer, fuyant la frénésie new-yorkaise, tourne résolument le dos à la ville et s''installe pour cinq ans avec son épouse en Nouvelle-Écosse, sur un vaste domaine en bord de mer. Désertée par ses habitants et la police locale, cette région offre à perte de vue des paysages parsemés de maisons abandonnées de style colonial, et jonchés d''épaves de voitures. L''artiste prend de nombreuses photographies que, quelques années plus tard, après avoir migré en Irlande, il projettera sur un mur et interprétera, au crayon gras rehaussé de lavis d''encres de couleur et de gouaches, en un ensemble de paysages de grands formats, réunis dans l''ouvrage Slow Agony, paru en 1983. Le silence et l''absence de la figure humaine dans cette série rappellent la tradition réaliste américaine, dans la lignée d''Andrew Wyeth et Edward Hopper. Au cours de ces années, en écho à cet intérêt marqué pour la nature et le paysage, alors qu''il a commencé avec sa femme une activité d''élevage d''animaux (poules et moutons), il mène également un travail de dessin d''observation des animaux sauvages, domestiques et d''élevage, qui seront réunis, accompagnés d''extraits de son journal, dans l''album Heute hier, morgen fort publié en 1983 (en français: Nos années de boucherie). L''ouvrage reproduit l''intégralité des dessins appartenant à ses deux séries, dont de nombreux inédits, présentant un pan méconnu de l''oeuvre de Tomi Ungerer: les paysages et les dessins d''observation. On y retrouve le goût pour la nature développé pendant ses années de jeunesse mais aussi une certaine noirceur: les carcasses de voiture, de maisons abandonnées et d''animaux abattus composent une vision apocalyptique du monde et une critique sous-jacente des sectes chrétiennes implantées alors au Canada.
Page Count:
171
Publication Date:
2010-01-01
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